Tout est en ordre : Nous partons donc vers Dakar.
Le temps est calme, si calme que c’est au moteur que nous
nous éloignons de l’île, avec les voiles tout
de même car un petit près serré s’épaissit
petit à petit jusqu’à me faire couper le générateur.
Puis le vent adonne et c’est sous spi que nous croisons une
troupe de globicéphales en partance pour les Amériques,
bientôt suivis de dauphins bleus.
A la tombée de la nuit un groupe de petits dauphins vient
encore nous saluer et jouer autour de l’étrave.
Et c’est ma première nuit sous spi. Bien réglé,
avec un vent régulier et un pilote efficace, nous sommes
restés plus de 36 heures sans même toucher une écoute.
urs des 2 premiers jours le capitaine s’est senti très
solitaire, que ce soit pour la navigation, la cuisine et surtout
les plaisirs de la table !
Ce mardi en début d’après midi, un peu après
avoir siroté mon excellent expresso, j’ai aperçu
deux souffles à un ou 2 milles sur l’arrière.
Ces souffles se sont succédés pendant plusieurs minutes,
nous laissant même parfois entrevoir d’immenses corps
bruns, puis deux queues se sont succédées à
la verticale, initiant une plongée profonde : Voilà
plus de 40 ans que j’attendais de voir mes premières
baleines … Je suis comblé.
Il ne me manque plus que de voir briller le rayon
vert, mais pour le moment, même s’il se couche magnifiquement,
le soleil refuse de me l’offrir.
Avant la fin de l’après midi, Pascal a été
récompensé de son insistance à mettre une seconde
ligne de traîne : Il a remonté un joli petit thon.
Notre première vraie soirée en commun fut magnifique
: Champagne et thon cru en apéritif, puis dîner aux
chandelles avec du thon à peine grillé et des patates
douces.
Le thon frais et presque pas cuit est vraiment délicieux.
Tous les soirs après dîner et avant de rejoindre ma
couchette je lance un message sur le positionneur Spot, puis j’allume
le téléphone pour vérifier les éventuels
messages relayés par le satellite Thuraya.
Les nuits sont douces et très calmes. Le bateau continue
sa route, les alarmes veillent et l’équipage dort !
J’ai une très grande confiance dans l’accumulation
des systèmes complémentaires.
Actuellement je navigue avec l’ordinateur éteint, la
cartographie étant de peu d’intérêt au
large.
Le détecteur de radar est souvent le premier à m’avertir
de la présence d’un bateau dans l’un des quartiers
de l’horizon.
Quand l’A.I.S. me le repère, c’est la situation
idéale car je connais sa position exacte, son cap et sa vitesse,
me permettant de déterminer immédiatement les risques
de rencontre ou le temps nécessaire pour qu’il sorte
de la zone des alarmes.
J’utilise le radar lui même, soit pour préciser
ce qui n’apparaît pas sur l’A.I.S., soit pour
assurer une veille vis à vis des voiliers qui ne seraient
pas repérés par les autres systèmes.
Je règle le radar avec une large zone d’alarme sur
360° à plus de 20 milles et un déclenchement de
10 tours toutes les 15 minutes.
Il ne reste plus qu’un problème à régler
pour avoir des nuits encore plus longues : Une fois que les navires
ont été repérés, que leur route a été
précisée, je suis obligé de rester réveillé
parfois une heure et demie avant de pouvoir réactiver les
alarmes. Je vais essayer d’introduire des moments de sommeil
pendant ce laps de temps en utilisant ma minuterie en sécurité.
Malgré quelques interruptions, le total de mes nuits de sommeil
a toujours dépassé les 8 heures réglementaires.
Au réveil je mets le générateur en route 5
mn ce qui permet à la fois de donner un coup de charge rapide
aux batteries, un coup de froid au frigo et m’offre une délicieuse
douche d’eau bien chaude.
Après une bonne douche chaude puis un petit déjeuner
copieux, la journée commence toujours bien.
Notre route longe le Sahara occidental jusqu’au large du
Cap Blanc où nous poursuivons vers le Cap Vert en coupant
le golfe de la Mauritanie. En fonction du vent nous alternons des
bords bâbords amure et tribord amure en évitant le
plein vent arrière qui dévente le spi asymétrique
et ralentit nettement la vitesse. J’ai bien essayé
de garder les voiles en ciseaux, mais sans que ce soit très
convainquant.
Mercredi le vent était assez faible et l’envie de
baignade nous a conduits à prendre une semi cape.
Je me suis offert le luxe de laisser le bateau s’éloigner
pour le photographier avec mon boîtier étanche. Honnêtement
je n’aurais pas essayé sans la solide amarre de 50
m. qui traînait derrière …
Journée de bricolages aussi : J’ai résolu plusieurs
pannes électriques, puis confirmé que le logiciel
permettant de piloter la BLU pour récupérer les cartes
météo ne fonctionnait pas.
Le comble, c’est que pour une fois j’avais décidé
d’acheter un vrai logiciel dans sa boite pour être sûr
de son bon fonctionnement … Pour le moment c’est un
échec, heureusement que nous n’avons pas de souci météorologique
sur cette route et que j’avais pu récupérer
les prévisions sur Internet avant le départ.
Encore un point à revoir au retour.
Le vent a forci pendant la nuit de mercredi à jeudi et à
force de raguer, le bout d’amure du spi a cédé
dans un claquement sec. A 4 heures du matin la chaussette a facilement
fait son travail sur un pont parfaitement éclairé
par mon feu : C’est un grand confort de pouvoir manœuvrer
comme en plein jour.
Jeudi au réveil nous trouvons 3 poissons volants égarés
sur le pont, puis vers 11 heures du matin Brigitte appelle depuis
le cockpit : Un cétacé endormi défile à
moins de 10 mètres du bateau. Nos cris ont dû le réveiller
car il a soufflé plusieurs fois en s’éloignant
sur l’arrière.
Le syndicat d’initiative fait bien les choses !
Le vent a légèrement forci et est plus travers, nous
faisons désormais une moyenne nettement supérieure
à 7 nœuds.
C’est une journée sous le signe des créatures
marines : Après les poissons volants du réveil et
la sieste de la baleine, ce sont deux gros poissons qui ont refusé
de remonter à bord, le premier, entraperçu très
gros, ayant même décidé de manger en entier
le rapalas après avoir dévidé la bobine et
en ne me laissant qu’un bout de ligne.
Puis de nouveau un gros cétacé bossu se laisse longer
à moins de 5 m. par la RozAvel, puis il se tourne sur le
côté, laissant pointer un aileron avant de disparaître.
Un peu plus tard une troupe de dauphins acrobates effectue de magnifiques
sauts, se dressant verticaux à plusieurs mètres au
dessus de l’eau avant de venir jouer longuement avec l’étrave.
Si le mot « miracle » a un sens, c’est celui
du soleil qui chaque matin jaillit de l’océan à
la place prévue et s’élève au dessus
des flots.
Et la traversée suit son cours sans plus aucune notion du
temps qui passe, du temps passé comme du temps à venir.
Il y a de nombreux moments à saisir : encore des souffles
de baleine, une tortue marine qui remonte vers le nord et sort son
cou pour regarder passer la RozAvel, de grosses méduses blanches
ou noires qui défilent solitaires, les poissons volants qui
surfent sur la crête des vagues, un oiseau du large qui passe
seul puis tourne autour de nous avant de disparaître, le moulinet
qui siffle et un thon complètement surpris d’avoir
perdu sa liberté et de se retrouver sur le pont du bateau,
un coucher de soleil magnifique, mais sans rayon vert, la lune qui
descend puis laisse la place à un ciel illuminé de
milliers d’étoiles auxquelles nous cherchons à
redonner leur nom, un dauphin qui saute au milieu de la nuit, un
poisson qui vole dans le cockpit et que j’ai beaucoup de mal
à rendre à l’océan, une seiche qui s’écrase
sur le pont et s’y dessèche.
Et puis il y a toutes les activités de lecture, de sieste,
de baignade, de cuisine, de spi à installer ou à faire
empanner … et le fameux thon à remonter, à tuer,
à découper, à préparer.
J’aime cette vie qui s’écoule paisiblement ou
en fonction des nécessités auxquelles il faut faire
face sans se poser de questions.
Il n’y a que la navigation qui ramène un peu l’esprit
vers la terre, vers le cap et ce chiffre de distance à parcourir
qui a commencé à plus de 800 et n’affiche plus
cet après midi que 80 NM.
Et oui, demain, dimanche, nous serons vraiment en Afrique, à
Dakar.
En attendant, alors que nous étions en train de démêler
le spi, nous nous sommes retrouvés entourés par deux
groupe d’animaux forts sympathiques : Une trentaine de globicéphales
nous accompagnait qui se sont même arrêtés pour
nous attendre quand Pascal a mis le bateau à la cape.
Quand nous sommes repartis, ils sont repartis avec nous, mais il
y avait en plus un grand groupe de dauphins communs qui s’amusaient
follement avec l’étrave et à se retourner pour
nous regarder.
Tout ce ballet avec les deux groupes a duré plus d’une
heure et demie et consommé beaucoup de cartes mémoires
à essayer de prendre des photos ou des films significatifs.
Quand la nuit est venue, on a deviné les lueurs de la ville,
mais à l’aube le temps était laiteux et nous
avons dû avancer longuement et péniblement contre le
vent avant de pouvoir doubler l’île de Gorée
et rentrer dans la baie de Dakar.
Nous voici au mouillage devant le cercle de voile de Dakar (CVD
bien connu) en compagnie de nombreux voiliers dont certains ne sont
plus que des épaves à l’abandon, sans parler
des 2 mats qui sortent de l’eau pour le plus grand plaisir
des plongeurs …
Pas de formalité en ce dimanche, mais cela ne nous empêche
pas de courir à terre.
Voir un extrait des films sur les
dauphins (1mn)
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(inversement proportionnel à la qualité)