TOUR DU MONDE DE LA "ROZAVEL" - E-MAIL: christian.mallemont@wanadoo.fr

 

Octobre 09 de la Gomera à Dakar

Dimanche 18 octobre au 25 octobre 09

Tout est en ordre : Nous partons donc vers Dakar.
Le temps est calme, si calme que c’est au moteur que nous nous éloignons de l’île, avec les voiles tout de même car un petit près serré s’épaissit petit à petit jusqu’à me faire couper le générateur.
Puis le vent adonne et c’est sous spi que nous croisons une troupe de globicéphales en partance pour les Amériques, bientôt suivis de dauphins bleus.
A la tombée de la nuit un groupe de petits dauphins vient encore nous saluer et jouer autour de l’étrave.
Et c’est ma première nuit sous spi. Bien réglé, avec un vent régulier et un pilote efficace, nous sommes restés plus de 36 heures sans même toucher une écoute.

urs des 2 premiers jours le capitaine s’est senti très solitaire, que ce soit pour la navigation, la cuisine et surtout les plaisirs de la table !

Ce mardi en début d’après midi, un peu après avoir siroté mon excellent expresso, j’ai aperçu deux souffles à un ou 2 milles sur l’arrière. Ces souffles se sont succédés pendant plusieurs minutes, nous laissant même parfois entrevoir d’immenses corps bruns, puis deux queues se sont succédées à la verticale, initiant une plongée profonde : Voilà plus de 40 ans que j’attendais de voir mes premières baleines … Je suis comblé.

Il ne me manque plus que de voir briller le rayon vert, mais pour le moment, même s’il se couche magnifiquement, le soleil refuse de me l’offrir.

Avant la fin de l’après midi, Pascal a été récompensé de son insistance à mettre une seconde ligne de traîne : Il a remonté un joli petit thon.

Notre première vraie soirée en commun fut magnifique : Champagne et thon cru en apéritif, puis dîner aux chandelles avec du thon à peine grillé et des patates douces.
Le thon frais et presque pas cuit est vraiment délicieux.

Tous les soirs après dîner et avant de rejoindre ma couchette je lance un message sur le positionneur Spot, puis j’allume le téléphone pour vérifier les éventuels messages relayés par le satellite Thuraya.
Les nuits sont douces et très calmes. Le bateau continue sa route, les alarmes veillent et l’équipage dort !
J’ai une très grande confiance dans l’accumulation des systèmes complémentaires.
Actuellement je navigue avec l’ordinateur éteint, la cartographie étant de peu d’intérêt au large.
Le détecteur de radar est souvent le premier à m’avertir de la présence d’un bateau dans l’un des quartiers de l’horizon.
Quand l’A.I.S. me le repère, c’est la situation idéale car je connais sa position exacte, son cap et sa vitesse, me permettant de déterminer immédiatement les risques de rencontre ou le temps nécessaire pour qu’il sorte de la zone des alarmes.
J’utilise le radar lui même, soit pour préciser ce qui n’apparaît pas sur l’A.I.S., soit pour assurer une veille vis à vis des voiliers qui ne seraient pas repérés par les autres systèmes.
Je règle le radar avec une large zone d’alarme sur 360° à plus de 20 milles et un déclenchement de 10 tours toutes les 15 minutes.
Il ne reste plus qu’un problème à régler pour avoir des nuits encore plus longues : Une fois que les navires ont été repérés, que leur route a été précisée, je suis obligé de rester réveillé parfois une heure et demie avant de pouvoir réactiver les alarmes. Je vais essayer d’introduire des moments de sommeil pendant ce laps de temps en utilisant ma minuterie en sécurité.
Malgré quelques interruptions, le total de mes nuits de sommeil a toujours dépassé les 8 heures réglementaires.
Au réveil je mets le générateur en route 5 mn ce qui permet à la fois de donner un coup de charge rapide aux batteries, un coup de froid au frigo et m’offre une délicieuse douche d’eau bien chaude.
Après une bonne douche chaude puis un petit déjeuner copieux, la journée commence toujours bien.

Notre route longe le Sahara occidental jusqu’au large du Cap Blanc où nous poursuivons vers le Cap Vert en coupant le golfe de la Mauritanie. En fonction du vent nous alternons des bords bâbords amure et tribord amure en évitant le plein vent arrière qui dévente le spi asymétrique et ralentit nettement la vitesse. J’ai bien essayé de garder les voiles en ciseaux, mais sans que ce soit très convainquant.

Mercredi le vent était assez faible et l’envie de baignade nous a conduits à prendre une semi cape.
Je me suis offert le luxe de laisser le bateau s’éloigner pour le photographier avec mon boîtier étanche. Honnêtement je n’aurais pas essayé sans la solide amarre de 50 m. qui traînait derrière …

Journée de bricolages aussi : J’ai résolu plusieurs pannes électriques, puis confirmé que le logiciel permettant de piloter la BLU pour récupérer les cartes météo ne fonctionnait pas.
Le comble, c’est que pour une fois j’avais décidé d’acheter un vrai logiciel dans sa boite pour être sûr de son bon fonctionnement … Pour le moment c’est un échec, heureusement que nous n’avons pas de souci météorologique sur cette route et que j’avais pu récupérer les prévisions sur Internet avant le départ.
Encore un point à revoir au retour.

Le vent a forci pendant la nuit de mercredi à jeudi et à force de raguer, le bout d’amure du spi a cédé dans un claquement sec. A 4 heures du matin la chaussette a facilement fait son travail sur un pont parfaitement éclairé par mon feu : C’est un grand confort de pouvoir manœuvrer comme en plein jour.

Jeudi au réveil nous trouvons 3 poissons volants égarés sur le pont, puis vers 11 heures du matin Brigitte appelle depuis le cockpit : Un cétacé endormi défile à moins de 10 mètres du bateau. Nos cris ont dû le réveiller car il a soufflé plusieurs fois en s’éloignant sur l’arrière.
Le syndicat d’initiative fait bien les choses !

Le vent a légèrement forci et est plus travers, nous faisons désormais une moyenne nettement supérieure à 7 nœuds.

C’est une journée sous le signe des créatures marines : Après les poissons volants du réveil et la sieste de la baleine, ce sont deux gros poissons qui ont refusé de remonter à bord, le premier, entraperçu très gros, ayant même décidé de manger en entier le rapalas après avoir dévidé la bobine et en ne me laissant qu’un bout de ligne.
Puis de nouveau un gros cétacé bossu se laisse longer à moins de 5 m. par la RozAvel, puis il se tourne sur le côté, laissant pointer un aileron avant de disparaître.


Un peu plus tard une troupe de dauphins acrobates effectue de magnifiques sauts, se dressant verticaux à plusieurs mètres au dessus de l’eau avant de venir jouer longuement avec l’étrave.

Si le mot « miracle » a un sens, c’est celui du soleil qui chaque matin jaillit de l’océan à la place prévue et s’élève au dessus des flots.


Et la traversée suit son cours sans plus aucune notion du temps qui passe, du temps passé comme du temps à venir. Il y a de nombreux moments à saisir : encore des souffles de baleine, une tortue marine qui remonte vers le nord et sort son cou pour regarder passer la RozAvel, de grosses méduses blanches ou noires qui défilent solitaires, les poissons volants qui surfent sur la crête des vagues, un oiseau du large qui passe seul puis tourne autour de nous avant de disparaître, le moulinet qui siffle et un thon complètement surpris d’avoir perdu sa liberté et de se retrouver sur le pont du bateau, un coucher de soleil magnifique, mais sans rayon vert, la lune qui descend puis laisse la place à un ciel illuminé de milliers d’étoiles auxquelles nous cherchons à redonner leur nom, un dauphin qui saute au milieu de la nuit, un poisson qui vole dans le cockpit et que j’ai beaucoup de mal à rendre à l’océan, une seiche qui s’écrase sur le pont et s’y dessèche.
Et puis il y a toutes les activités de lecture, de sieste, de baignade, de cuisine, de spi à installer ou à faire empanner … et le fameux thon à remonter, à tuer, à découper, à préparer.

J’aime cette vie qui s’écoule paisiblement ou en fonction des nécessités auxquelles il faut faire face sans se poser de questions.

Il n’y a que la navigation qui ramène un peu l’esprit vers la terre, vers le cap et ce chiffre de distance à parcourir qui a commencé à plus de 800 et n’affiche plus cet après midi que 80 NM.

Et oui, demain, dimanche, nous serons vraiment en Afrique, à Dakar.

En attendant, alors que nous étions en train de démêler le spi, nous nous sommes retrouvés entourés par deux groupe d’animaux forts sympathiques : Une trentaine de globicéphales nous accompagnait qui se sont même arrêtés pour nous attendre quand Pascal a mis le bateau à la cape.
Quand nous sommes repartis, ils sont repartis avec nous, mais il y avait en plus un grand groupe de dauphins communs qui s’amusaient follement avec l’étrave et à se retourner pour nous regarder.
Tout ce ballet avec les deux groupes a duré plus d’une heure et demie et consommé beaucoup de cartes mémoires à essayer de prendre des photos ou des films significatifs.

Quand la nuit est venue, on a deviné les lueurs de la ville, mais à l’aube le temps était laiteux et nous avons dû avancer longuement et péniblement contre le vent avant de pouvoir doubler l’île de Gorée et rentrer dans la baie de Dakar.


Nous voici au mouillage devant le cercle de voile de Dakar (CVD bien connu) en compagnie de nombreux voiliers dont certains ne sont plus que des épaves à l’abandon, sans parler des 2 mats qui sortent de l’eau pour le plus grand plaisir des plongeurs …

Pas de formalité en ce dimanche, mais cela ne nous empêche pas de courir à terre.


Voir un extrait des films sur les dauphins (1mn)

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