La RozAvel commençait
à me manquer, et j’avais une longue liste de
bricolages et d’entretiens à cocher.
J’ai donc pris mon billet pour un court séjour
sur place.
Vendredi 13 février en fin d’après midi
j’ai décollé pour Lisbonne puis Porto
Santo où,à l’arrivée à 23h30,
m’attendait fort gentiment Elmano le chef de chantier.
Il m’a déposé au chantier où il
avait préparé une passerelle et une alimentation
électrique.
J’avais quitté le mistral glacial de Provence
et je me suis sentis revivre dans la douceur de cette nuit
du sud.
J’ai rapidement sorti de la cabine la grand voile et
l’annexe qui encombraient le passage, puis j’ai
replié les serviettes mises en protection du soleil
sur les aménagements.
Il faisait très très bon et je me suis endormis
au dessus des couvertures.
Au réveil j’ai continué
de ranger le bateau, et surtout j’ai entrepris de sortir
la moto. Le plus difficile a été d’ouvrir
la trappe, car l’étanchéité au
mastic polyuréthane faite à Porquerolles était
d’une efficacité totale avec collage complet
! Mais un bon couteau a fini par en avoir raison et j’ai
hissé puis redescendu à terre la moto avec la
drisse de génois.
La moto a démarré au premier coup de pédale,
me surprenant bien agréablement.
Bien que cela soit son jour de congé, Elmano est venu
pour poser la RozAvel sur son élément liquide.
J’ai démarré le moteur et rejoint la place
du ponton quittée en octobre dernier.
J’ai gréé la grand voile puis suis allé
faire des courses en moto.
Au retour il y avait quelqu’un sur le seul bateau à
l’eau : Un français qui a accepté de venir
m’assurer pendant ma descente le long de l’enrouleur
avec quelques vis BTR et de la Loctite.
J’ai tout bien vérifié, puis j’ai
hissé et enroulé le génois parfaitement
réparé.
J’ai repris la moto pour aller m’approvisionner
en fournitures diverses avant que la quincaillerie ne ferme.
Première nuit à me sentir ballotté doucement
par le clapot. J’adore.
Dimanche, le soleil brille et je suis décidé
à profiter de la moto pour visiter l’île.
C’était le motif de cet achat il y a maintenant
6 ans, il faut que j’applique.
Et j’ai parcouru plus de 150 km sur cette petite île
de 11 km de long et 7 km de large !
J’ai cheminé sur les petites routes de montagne
serpentant autour des volcans, redescendant dans les vallées,
traversant les villages, enjambant les crêtes piquetées
de moulins antiques ou d’éoliennes modernes.
J’ai quitté le goudron pour de vielles routes
pavées montant vers les pics. J’ai délaissé
la moto pour continuer et m’essouffler sur les sentiers
escarpés. J’ai retrouvé la selle et repris
ma course, j’ai quitté la route pour longer les
falaises de l’ouest sur des pistes caillouteuses puis
sur la lande désertique où j’ai roulé
tout doucement un pied de chaque côté pour ne
pas verser.
Merveilleuse petite moto qui me permet de profiter pleinement
de cette escale.
Je n’ai pas eu de mal à trouver le sommeil.
Lundi matin pendant que le gaz se transférait
doucement d’une bouteille portugaise dans une
bouteille bien de chez nous, j’ai sorti la machine
à coudre pour réparer la capote, mais
bien que le temps soit couvert j’ai décidé
de passer cette semaine à naviguer sans capote
pour mieux profiter des éléments, par
contre il m’a fallu sortir l’anorak car
la chaleur des premiers jours n’est plus revenue.
J’ai pris la mer à la recherche d’une
crique sur la pointe sud ouest. Trois petits dauphins
sont venus me rendre visite alors que je pestais contre
le pilote qui barrait de manière erratique.
Il a fallu retrouver petit à petit tous les
réflexes oubliés, avec de petits ennuis
(comme de vouloir mouiller avec l’ancre assurée
de l’intérieur en arrachant un peu …).
Il m’a fallu du temps pour remonter et remettre
en bon fonctionnement le pilote NKE qui nous avait
lâché en Espagne, mais tout fonctionne
désormais.
Mardi j’ai entrepris de tout vérifier
en navigation en effectuant le tour anti-horaire de
Porto Santo.
J’ai encore croisé une troupe de dauphins
qui sont venus jouer avec l’étrave.
La liste de points à remettre en état
s’est allongée !
Alors, mercredi j’ai passé la journée
au mouillage avec les vaigrages et planchers démontés.
Mes réserves d’étain épuisées
j’ai gonflé le kayak pour aller en acheter et
finir les soudures.
Montage d’un nouveau tableau électrique, réparation
de pompes de vidanges, installation de pompe de cale manuelle,
recherche sur la cartographie africaine, sans oublier quelques
petits plats en cuisine … Pas de raison de se laisser
aller.
Jeudi matin le temps est toujours gris et
le vent faible. Départ vent arrière pour entreprendre
un nouveau tour de l’île dans le sens horaire
cette fois ci. Je profite du premier long bord de vent arrière
pour remettre en ordre le spi qui est désormais prêt
à sortir facilement de sa chaussette et à y
rentrer sans soucis.
Le tour dans le sens horaire est beaucoup plus laborieux :
Je passe la journée à tirer des bords dans un
vent inconstant, parfois très faible, parfois bien
soutenu, mais sans jamais voir pointer le soleil.
Le pilote marche bien, mais je me suis amusé à
barrer pour passer de justesse les écueils du nord
en profitant des moindres risées adonnantes.
Et me voilà sur la trace de l’arrivée
nocturne d’octobre ; tout est différent en plein
jour et en connaissant maintenant bien les lieux. Avant de
doubler le phare, les dauphins sont revenus saluer la RozAvel
en s’amusant malicieusement.
Quelques petits bords serrés et j’ai repris le
mouillage comme je l’avais quitté, sans toucher
au moteur. J’adore ça.
Mais le temps est breton, alors crêpes au menu !
Vendredi matin, comme il me faut être
de retour au port avant 14 heures, je m’attaque aux
révisions du moteur. Le temps est calme, le ciel dégage
par moment un peu de soleil.
Tout est en ordre, il me reste un peu de temps et le soleil
m’incite à lever ma bulle rouge et à partir
du mouillage sous spi. Et c’est ainsi, tirée
par son ballon que la RozAvel remonte toute la longue plage
de Porto Santo avant de faire demi tour pour rentrer au port
sous un soleil devenu splendide.
Voilà, il faut ressortir le bateau
de l’eau et ranger toutes les voiles, mais je sais que
tout est en ordre pour la prochaine traversée.
Samedi, c’est presque un jour de congé. J’ai
commencé par faire tourner la machine à laver
du bateau, qui reste à mes yeux un des luxes suprêmes,
puis j’ai voulu partir en moto. Mais cette dernière
n’a pas voulu ; n’ayant pas envie de laisser sur
le bateau une moto en panne, je suis parti au village en la
poussant. J’ai trouvé le réparateur de
moto qui m’a dit de retourner la chercher en début
d’après midi. J’ai donc continué
à pied jusqu’à la pointe ouest de l’île
ou j’ai dégusté un espada à la
banane, spécialité de Madère (poisson
de grande profondeur).
Quinze kilomètres à pied plus tard j’ai
retrouvé ma moto qui avait probablement bu un peu d’eau
et j’ai entrepris de monter sur la jolie route pavée
de montagne vers le pic que je n’avais pas encore exploré.
Mais c’est bien connu dans la montagne il fait froid
et il pleut, alors je suis vite redescendu vers la mer.
De retour à la RozAvel, j’ai hissé la
moto pour la remettre sur son parking, puis j’ai passé
une couche sur les vernis un peu trop ensoleillés.
Voilà, tout est fini ; huit jours
peuvent sembler courts, mais huit jours complètement
déconnectés sont un grand mois de vacances.