TOUR DU MONDE DE LA "ROZAVEL" - E-MAIL: christian.mallemont@wanadoo.fr

Octobre - Novembre 2011 : de Casamance au Brésil
Flèche avant

Dimanche 23 octobre : Marseille Dakar, puis Dakar Ziguinchor
Nuit au Perroquet
Nous faisons le plein au super-marché et dans les marchés … Achat de précaution d’un petit groupe électrogène Yamaha.

Lundi 24 octobre : Ziguinchor – Elinkine – RozAvel
Constat : le pont de  liège ne s’est pas trop détérioré, le bateau est envahi de cafards (en janvier, c’était une souris qui avait fait quelques ravages…) et la panne moteur provient de la génératrice et non du moteur diésel. Panne aussi du frigo, de l’éolienne … deux ans de séjour sous les tropiques se payent !
Tant pis, nous allons donc partir sans moteur (« les moteurs c’est pour les tarlouzes »  nous écrira Benoît, un des fils de Laurence, pour nous remonter le moral).

Au passage nous apprenons que la RozAvel a dérapé au cours d’une tornade en juillet dernier et qu’elle est restée échouée dans les palétuviers pendant plusieurs semaines. Sa belle robe noire est bien égratignée !!

Mercredi 26 octobre : carénage échoué sur la rive. Journée de galère, dix heures sans même déjeuner à gratter au mieux la coque : huitres, crabes, algues et même palétuviers y ont trouvé refuge sur plus de 20 cm d’épaisseur ! Christian gardera, sur son dos, les traces de ce carénage jusqu’à la fin du voyage (allergie sévère).

Jeudi 27 octobre : deuxième journée de carénage, moins intense.
Nettoyage des circuits électriques.
A marée haute le bateau reste planté sur ses quilles, il faudra galérer dans la nuit noire pour l’extraire, au winch, du « poto-poto » (= vase en sénégalais).

Vendredi 28 octobre ; premier départ, profitant de la marée descendante, nous rejoignons Cachouane où nous mouillons face au campement de Papisse.
Discussions à terre où nous réalisons qu’en janvier nous avions parlé avec un certain François sans que Christian ne fasse la relation avec son ancien copain de Hyères (François Beaupain).
Nous trouvons un piroguier muni d’un moteur de 40CV pour nous assister dans la passe de la Casamance. Nous négocions le prix et bloquons le rendez-vous pour la renverse du samedi 12h30.

Samedi 29 octobre : les prévisions météo auraient incité à attendre le mardi pour éviter les calmes le long de la côte, mais nous avons vraiment envie de nous lancer à l’assaut de l’Océan sans plus attendre !
Le piroguier est en retard. Tant pis : à 12h30 nous levons l’ancre. Il arrive enfin, s’amarre à la RozAvel…démonte son moteur et réclame des outils pour le réparer ! Heureusement son Yamaha redémarre un peu avant de s’engager dans la passe.  Le temps est calme et nous enfilons le chenal sans problème.
Amarres larguées, nous laissons la Casamance s’estomper dans la brume, le téléphone GSM perd ses barrettes … Voilà, nous sommes partis pour de bon.
Pas trop de vent, c’était prévu. Nous gardons une route orientée plein Ouest, afin de ne pas nous retrouver dans le pot au noir qui est plus au Sud.
Première nuit à veiller et somnoler ensemble dans le cockpit.
Nous étions encalminés quand un cargo fait route de collision vers nous. Pas de moteur donc impossible de l’éviter si cela s’avérait nécessaire ! Laurence ayant insisté (avec juste raison dixit Christian a posteriori), nous le contactons par VHF et avons le soulagement de l’entendre répondre : « We see you (Ndlr : sur leur écran) will take care of you »

Dimanche 30 octobre : nous n’allons pas raconter chacune de nos journées mais il y a quelques anecdotes qui méritent d’être relatées.
Soleil tropical, mer calme et vent faible, Laurence aurait bien envie de se baigner. « Aucune raison de penser aux 3000 mètres de profondeur habités par de grands animaux marins », échelle sortie et un bout à l’arrière, Laurence se décide. Au bout de quelques minutes :

  1. L : Ce serait bien d’aller chercher l’appareil photo
  2. Ch : Oui, mais là il y a une grosse raie Manta juste en-dessous

Laurence remonte sur l’échelle à une vitesse record : deux raies Manta dont la première mesurait plus de 2,50 m d’envergure, frôlent l’échelle et s’éloignent, curiosité satisfaite.
La même séquence dans un film d’aventure ferait jaser sur l’imagination débordante du scénariste !

Premières avaries depuis le départ : le pilote principal ne fonctionne plus depuis le matin, le pilote de secours qui semblait bien tenir la barre cesse lui aussi de fonctionner après un réglage au coucher.
Nous passerons la nuit à la cape.
                              
Au matin, les dauphins nous font fête et nous les regarderons plus d’une heure batifoler sous nos yeux

Les 6 premiers jours, nous gardons une route plein Ouest et naviguons au travers tribord amure. A partir du 30° parallèle, nous virons vers le Sud pour traverser rapidement la zone de convergence inter-tropicale (le fameux « pot au noir » pour les non-avertis). Le cap théorique est du 245°, au grand largue. Impossible pour la RozAvel de tenir cette route toute seule la nuit : le meilleur cap en réglant les voiles sans tenir la barre se rapproche du travers, au 180°. Après avoir bien dormi sous la garde de l’A.I.S.(Automatic Identification System) et du détecteur de radar, nous rentrons le génois et la grand voile pour faire route vent arrière sous spi. Et regagner ainsi le cap perdu la nuit. Le résultat sera quand même de longues journées à nous relayer à la barre franche - la barre à roue ayant aussi flanché ! - , sans pouvoir la lâcher plus de quelques secondes (il faut souvent manger ou lire à tour de rôle).

Au total la route reste parfaite et le 12 novembre nous voyons s’élever devant l’étrave l’archipel de Penedeos de Sao Pedro e Sao Paulo. Minuscules rochers hérissés d’antennes et habités par 4 militaires brésiliens.

Avant cette première terre, nous avons eu pendant trois jours la compagnie de Nelson. C’est ainsi que Laurence a baptisé un joli oiseau blanc (une aigrette, venue des terres et visiblement égarée à plus de 700 miles des côtes ?) qui s’est maladroitement posé sur le moteur de l’annexe, puis s’est rapidement enhardi à avancer sur le pont. Jusqu’à nous rejoindre dans le cockpit. Après quelques heures, Laurence est arrivée à le caresser et à le nourrir.
Il fallait le voir s’agripper pendant les coups de roulis et aller se blottir à l’abri du vent. Après une première nuit entre les coffres arrière, il choisira de passer la seconde au fond d’un équipet … Gros nettoyage le matin pour éliminer ses déjections ! Nous avons donc barricadé cet accès pour la troisième nuit qu’il passera finalement au fond d’un seau ! Mais il a surtout cherché à s’installer à l’intérieur de la cabine, profitant de nos instants d’inattention pour rentrer par un des hublots, picorant notamment le repas en train de mijoter dans la cuisine avant d’être chassé plusieurs fois par Christian. Laurence devra se résigner à le menacer de douche d’eau de mer pour lui rappeler l’usage de ses ailes. Il reviendra une fois puis, un oiseau noir lui faisant les yeux doux, il s’éloignera définitivement.

Le 13 novembre à 8H04 TU nous franchissons la ligne

Deux jours et 252 miles plus tard nous voyons apparaître à l’horizon le pic Moro do Pico, point culminant de l’archipel brésilien Fernando de Noronha, parc national marin ultra-protégé composé d’une île principale habitée par 1600 personnes.
Nous avons mouillé devant le petit port, seule zone de mouillage autorisée. Descendus à terre, sans un réal en poche (monnaie brésilienne depuis 1994), nous sommes accueillis par le capitaine qui ne parle que Portugais mais nous propose spontanément de nous prêter un peu d’argent local. Nous prenons donc le bus pour traverser l’île d’un bout à l’autre (17kms) en direction de l’aéroport où le seul distributeur de l’île refuse nos deux cartes bancaires !
La végétation tropicale est décevante. Nous marchons le long de la route et nous laissons tenter par un dîner un peu luxueux dans un hôtel de type « resort » assez joli, un des seuls sur l’île à accepter…la carte bancaire.
Nous ne sommes restés  que 28 heures à Fernando de Noronha qui est une réserve naturelle extrêmement réglementée, très onéreuse (85 euros par jour de mouillage) et qui nous a un peu déçus: impossible d'aller nager avec nos palmes, masques et tuba au milieu des tortues !Il aurait fallu passer par un encadrement avec un moniteur et le port d'un gilet de sauvetage ! Nous avons préféré partir à pied vers une magnifique plage déserte mais balayée par les rouleaux (nous nous sommes baignés, mais impossible de profiter des fonds).

 

Encore trois jours de mer et la côte très plate du Brésil se profile devant nous. Ce n’est qu’à la nuit que nous arrivons en vue du chenal d’entrée assez mal éclairé de Cabadelo. La marina de Jacaré village est sur le rio, un peu à l’intérieur des terres et le capitaine, toujours aussi optimiste, essaye de remonter dans le noir, rasant des barges non éclairées et malgré la proposition de Laurence de mouiller en attendant le jour… Jusqu’à… un gentil échouage sur un banc de sable où la RozAvel, passera une nuit bien calme. Au lever, quel bonheur d’entendre les bruits du rivage (coq, menuisier…) et d’admirer les petits pêcheurs autour de nous : ils nous regardent avec un petit sourire moqueur. Ce banc est très mal indiqué sur la carte et nous ne sommes de façon évidente pas les premiers !
En ce matin du 19 novembre 2011, derniers milles de notre traversée de l’Atlantique sud. Il a fallu commencer par sortir de notre échouage, nous y sommes finalement parvenus avec l’aide d’une pirogue motorisée par un minuscule « long-tail », un moteur de tronçonneuse au bout d’un  arbre de plusieurs mètres se terminant par une hélice (Laurence avait vu exactement les mêmes moteurs sur les minuscules canaux de Bangkok) . Le pêcheur a fait tourner la RozAvel en tirant par le travers de l’étrave et le spi nous a sorti de la boue.
Nous sommes arrivés en vue du ponton de la marina de Jacaré-village dirigé par deux Français, parlant parfaitement le portugais. Nous avons choisi ce lieu car, ayant de nombreuses réparations à faire faire, nous voulions pouvoir communiquer facilement.IMG_1654

La RozAvel et son équipage trouvent vite leur place au sein de cette petite marina (une vingtaine de voiliers).
En dehors de Philippe, qui en est le fondateur, et de Francis qui l’a très vite rejoint (ils s’étaient connu en Afrique de nombreuses années auparavant), nous faisons la connaissance d’Alex, un constructeur amateur allemand qui est d’accord pour superviser les travaux quand nous serons en France.
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Nous avons aussi fait la connaissance de plusieurs voileux-voyageurs. Tous très sympathiques.
Charlie, un belge formidablement optimiste malgré sa rencontre voilà 20 mois avec deux cachalots qui ont failli couler son bateau dénommé « Tahiti », Sandrine, une charmante petite jeune femme blonde qui a traversé l’Atlantique toute seule sur son voilier de 8m50 et repart… avec un équipier vers le Vénézuela et les Antilles, Bruno qui souhaitait faire le tour du monde par les trois caps et qui y renonce trouvant son bateau insuffisamment costaud pour affronter les 40èmes rugissants, Brice et Régine, originaires de Concarneau, avec qui nous avons partagé nos dîners respectifs sur leur RM 12.50, « Zidibule ».
Ces derniers, tous les deux dans l’enseignement agricole, viennent d’accompagner la mini-transat (des voiliers de 6m50) qui–nous racontent-ils- a affronté une tempête tropicale de 60 nœuds, causant plusieurs abandons. Nous y avons heureusement échappé !
… Laurence, journaliste dans l’âme et passionnée par les rencontres, va vite connaître la marina entière !

Le seul point noir de cette marina : la proximité d’une zone de restaurants et boutiques longeant la berge et qui déverse 5 nuits sur 7, et de 20h à 8 h du matin le week-end, une musique de supermarché (on est bien loin de la bossa nova ou de la samba), d’une puissance insoutenable. Entrecoupée, en plus, des vociférations d’un animateur !

C’est néanmoins avec un peu de tristesse que nous quitterons ces navigateurs, un matin tôt, prenant un taxi pour l’aéroport de Récife (à 170 kms de là).




 

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