Janvier et février 2010 : Djilapao -Cap Vert - Djilapao



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Dimanche 17 janvier
Marseille, Casablanca, Dakar pour Christian
Mayotte, Nairobi, Ouagadougou, Dakar pour Laurence
Courte nuit avant de repartir pour la dernière étape nous permettant de rejoindre la RozAvel

Lundi 18 janvier
Petit avion Cessna pour aller à Ziguinchor, mais nous ne voyons rien du survol du Sénégal, de la Gambie et decarole et didier rouleau <venceremos660@gmail.com> la Casamance en raison d’un temps très nuageux.
Arrivée dans ce minuscule aéroport africain. Plaisir de retrouver cette petite ville qui s’active sous les tropiques entre pauvreté et débrouillardise.


 

Achats de fruits et légumes au marché puis négociation d’une pirogue pour rejoindre Djilapao.
La promenade dans le bolon est encore plus belle quand on la partage à deux.
Photo pirogue sur bolon

Nous voilà sur la RozAvel qui accueille Laurence…Visite guidée, émotion …


Mardi 19 janvier
Préparation du bateau. Laurence l’assimile et l’apprivoise tout à la fois et nettoie…beaucoup mais avec beaucoup de bonne humeur !
Ce n’est qu’en milieu d’après midi que nous descendons à terre. Désiré est absent, mais Alexis discute avec nous et reçoit tous les cadeaux (chargeurs solaires, cartes de visite et prêt d’argent), puis nous fait longuement visiter la case de son défunt oncle artiste.

Laurence essaye de le convaincre de tout modifier dans leur projet de campement villageois pour les touristes. Et particulièrement de déplacer les WC, deux pustules en béton qui sont au premier rang avec vue sur le bolon !!! Elle a raison bien sûr, mais comment le faire comprendre à ces gens pour lesquels très peu est déjà beaucoup ?

Mercredi 20 janvier
Départ à 8H30, sortie du bolon à marée basse. Il me semble plus simple en fait d’y naviguer à un moment où tous les bancs apparaissent avec netteté.
Descente Casamance sous génois + moteur
Levée de la grand voile dans l’estuaire
Il faut négocier la passe au près serré puis remonter le dernier passage face au vent, génois enroulé.
Arrêt moteur et cap au 300° pour 450 NM
Sur le conseil judicieux de Laurence (car le cargo restait obstinément au même endroit par rapport au chandelier….), nous loffons pour passer juste derrière le Nicolas Delmas alors que Christian se préparait à attendre de manière stupidement stressante le dernier moment pour réagir.

Jeudi 21 janviercarole et didier rouleau <venceremos660@gmail.com>
Nuit au près serré
Au matin, passage progressif au bon plein
Mise à la cape pour toilette sur la plage arrière !
Visite de dauphins. Nous ne nous blaserons jamais du plaisir à les voir venir jouer avec nous sur cette mer qu’ils maîtrisent avec une prodigieuse dextérité.

Vendredi 22 janvier
La navigation continue avec son cortège de plaisir et de mal être, surtout pour Laurence qui peste contre l’absence du médicament salvateur et qui vomit discrètement 3 ou 4 fois allégeant ses nausées avec quelques gouttes de citron vert.
Une pointe à plus de 8 nds par force 4 au bon plein : la RozAvel prend plaisir à dévoiler sa puissance.

Samedi 23 janvier
Cette nuit un cargo s’est détourné pour nous éviter
13h : mouillage à Praïa, principale ville de l’île de Santiago et capitale du Cap Vert. De la mer, la ville apparaît plutôt quelconque sans architecture ni bâtiments spectaculaires.
Nous prenons le temps de déjeuner tranquillement avant de mettre à l’eau l’annexe et de rejoindre avec son petit moteur le port de pêche. Nous ne pouvons que commencer les formalités car de nombreux services sont fermés les fins de semaine. Le taxi nous amène à la police maritime, puis au centre ville, pas si facile à trouver … Il nous réclame une somme fantaisiste mais refuse le paiement correct que nous proposons et préfère nous laisser sans discuter plus.
Balade dans le centre ville. Une place pleine de vie où se côtoient les enfants turbulents de tous âges, les artistes de rues et les vieilles dames assises sur leur banc.
Un jeune guide improvisé s’impose gentiment et nous fait découvrir un restaurant proposant des dîners musicaux, la musique était une des raisons d’avoir voulu rejoindre cet archipel.
En attendant l’heure nous retournons vers la place qui s’est parée de lumières multicolores pour accueillir la nuit. Bien nous en a pris : le carnaval se prépare et deux troupes s’exhibent en concurrence. Celle représentant le Brésil nous charme et nous suivons cet orchestre de rue où les danseurs font des démonstrations acrobatiques époustouflantes.

photosjournalcarole et didier rouleau <venceremos660@gmail.com>

Retour au restaurant qui nous offre un dîner amoureux au son d’un orchestre local.
Retour de nuit au bateau : On nous a vidé l’essence du moteur de l’annexe … Pas de monnaie pour le faux gardien et retour à la rame.

Dimanche 24 janvier
Tous les guides recommandaient la méfiance, Christian, toujours optimiste sur la nature humaine aurait préféré dormir en laissant la RozAvel grande ouverte, mais il a quand même hissé l’annexe et accepté de fermer la descente.
Au réveil nous prenons peu à peu conscience d’une pénible découverte : pendant la nuit, malgré la porte fermée, Christian a laissé le hublot ouvert et le bord a été visité : nous recensons le vol de l’ordinateur portable, de l’appareil photo, de l’argent local et des tongs préférées de Laurence … Nous avons dormi tranquillement sans rien entendre. La découverte trois jours plus tard d’un couteau en inox abandonné sur le pont nous fait d’ailleurs nous poser la question des risques à réagir face à un voleur.
Laurence explique l’aventure au policier de service côté marché aux poissons puis à un capverdien qui lève les bras au ciel en expliquant qu’on lui a volé sur son bateau de pêche sa radio, etc)…puis nous allons mouiller devant la police maritime. La police maritime a déjà été prévenue par le premier policier.
Formalités suite au vol. Forte pression de Laurence sur les autorités, elle s’appuie avec aplomb et efficacité sur sa profession de journaliste et promet de faire état des vols systématiques sur les voiliers de passage, notamment sur les forums internet .
Praïa nous répulse, et sans avoir terminé les formalités d’entrée, à 15H30 nous levons les voiles avec un vent grand largue au début qui passe au près serré avec des rafales très, très brutales.
Les paquets de mer envahissent le tableau électrique (hublot non fermé) et le pilote cesse de fonctionner.
Laurence prend grand plaisir à barrer plusieurs heures dans les rafales, et c’est un régal de la contempler dans le calme et l’efficacité ; elle a vite compris la subtilité de la RozAvel qu’il faut toujours diriger avec un temps d’avance pour contrôler ses réactions différées.

Arrivée au coucher de soleil à Ribeira da Barca
Forte musique provenant d’une terrasse de café, nous restons à bord malgré les incitations d’un insulaire qui voudrait nous faire découvrir son territoire qui ne semble pourtant à nos yeux qu’un petit village inesthétique et pauvre sur une terre déshéritée.

Lundi 25 janvier
Avant le départ un jeune pêcheur vient nous offrir des poissons tout frais pêchés, nous les échangeons contre un paquet de café.
De Ribeira da Barca à Tarrafal la navigation nous conduit à tirer des bords contre le vent et à rechercher l’entrée d’une baie abritée et très bien cachée.

Descente à terre avec l’annexe, longue marche jusqu’à la nuit dans les hauts quartiers. Nous partageons le même plaisir à traverser les vrais quartiers d’une ville, même un peu glauques. Nous rentrons alors que la nuit s’est installée et les phares des camionnettes brinquebalantes découpent nos silhouettes amoureuses sur les murs.
Dîner dans le restaurant tenu par François, un pizzaïolo niçois séduit par les spots du Cap Vert et une (forcément) belle capverdienne …Petite cour avec 2-3 arbres, une fraîche salade de crudités nous ravit. Puis thazard.
Au retour sur la plage, Manuel, le petit gardien de notre annexe, est resté dormir sur le sable emmitouflé dans la serviette de bain déchirée au profil de Marilyn Monroe.

Mardi 26 janvier
Matinée de réparations électriques non terminées.
Longue promenade de 15 km sur la route qui s’éloigne de Tarrafal avec de magnifiques vues plongeantes sur toute la côte. La route est pavée comme partout sur ces îles, ce qui leur donne un beau caractère. Rencontre avec un âne chargé d’un gros balluchon de fagots.

Nous avançons vers le col mais le crépuscule nous arrête avant de l’atteindre et nous le regardons tomber lors d’un long arrêt sur un muret de pierre surmontant la vallée.
Au moment où nos chaussures montrent de nets signes de fatigue, nous profitons des services d’un « Aluguer » bien sympathique qui nous parle de ses 10 années de vie parisienne et nous ramène au centre ville sans accepter un centime.
Quelques courses en ville, dont une paire de tongs pour Laurence et nous retrouvons notre annexe sur la plage, le petit Manuel ne nous pas attendu ce soir.
Retour au bateau où Christian finit de résoudre les problèmes électriques, nous redonnant les possibilités de navigation électronique, en particulier l’utilisation du pilote.

Mercredi 27 janvier
Bien en a pris à Laurence d’allumer le téléphone ce matin, un appel de l’ambassade de France : le matériel volé a été retrouvé.
Christian décide de partir à Praïa le récupérer, au moment où il met à l’eau l’annexe, François passe avec un pêcheur. Il nous exprime sa stupéfaction d’avoir appris la récupération des affaires volées, n’ayant jamais vu ça depuis six ans. Puis il conduit Christian à terre et lui commande un taxi.
Traversée de l’île, photos à la volée.

Les autorités sont très fières de rendre le matériel récupéré auprès de deux jeunes qui seraient venus à la nage sur le bateau et auraient remmené leur butin à bout de bras.
Christian les félicite chaleureusement et sincèrement.
Retour à Baïa de Tarrafal où Laurence vient le récupérer avec l’annexe puis départ vers une petite anse sous le phare où nous nous arrêtons pour nager et plonger en apnée..

18H55 Départ pour au mieux 18H de traversée vers Boa Vista. Cela durera en fait exactement19h !

Jeudi 28 janvier
Au matin, Boa Vista émergeait déjà de la brume, mais il nous faudra attendre le milieu d’après midi avant de prendre un premier mouillage bien rouleur, entre un catamaran et un quillard, qui nous conduit à repartir pour mouiller à quelques encablures sous le vent d’un petit îlot dans un minuscule trou entouré de récifs.

Descente à terre et traversée de l’îlot au milieu des plantes épineuses.
Montée vers le phare abandonné, puis retour par le sentier du littoral au milieu des décharges de plastique … Désespérant !

Vendredi 29 janvier
Laurence nage jusqu’aux rochers qui émergeaient hier et à la bande de sable où elle se laisse bousculer gentiment par les vagues et contre-vagues
Nous levons l’ancre et faisons le tour de l’îlot au moteur pour aller nous abriter dans la rade du port afin de descendre à terre avec la moto.
Une grande première : la moto embarque dans l’annexe et rejoint la plage sans dégât en évitant les petits rouleaux.

Et nous voilà, deux jeunes fous à parcourir l’île sur la petite moto.
Une fois les pneus gonflés et le plein d’essence, nous commençons par essayer de visiter l’immense « parc à touriste » (en fait un énorme hôtel de tour-opérateur, d’un goût plus que douteux comme adorent les saoudiens ou les émirats) entouré de murailles et de gardiens qui filtrent les bedonnants allant exposer ventres et seins au soleil sans s’approcher de la mer, boissons à la main et musique internationale dans les oreilles …
Une piste nous conduit ensuite aux célèbres dunes de sable blanc que nous traversons à pied pour rejoindre l’océan et ses grandes vagues déferlantes. Personne, nous sommes seuls et nous nous allongeons sur le sable pour sécher sous les rayons ardents du soleil.

Traversée de l’île très désertique avec petites chaînes de collines abruptes. Paysage aride mais coloré et attachant. Petit village perché au bout du monde avec un baby foot au milieu de la rue.

Retour vers notre bord avec juste une petite chute au ralenti dans les gravillons de sortie d’un oued. Nous laissons la moto sur la place du village principal de Boa Vista pour nous promener dans les vieilles ruelles où les femmes papotent sur le pas de leur porte. Achats de légumes et fruits dans le petit marché couvert à allée centrale et unique (un homme expliquant que sa famille est sénégalaise nous demandera de l’embarquer), et achat de pain dans la boulangerie enfin dénichée…

Samedi 30 janvier 2010
Départ de Boa Vista vers Fogo.
Longue journée et longue nuit tranquille de navigation en pleine mer.

Dimanche 31 janvier
Le vent nous abandonne au nord de Fogo, à la côte extrêmement déchiquetée, mais le soleil est là qui chauffe délicieusement la plage arrière ; bains de mer et ablutions, nous en oublions la bôme qui bat d’un bord sur l’autre arrachant l’un des hublots de la chambre.

Le vent revient mais notre insouciante navigation nous laisse dépasser le port, nous donnant par la même l’occasion d’une pêche splendide : une daurade coryphène de 1.44 m. que nous aurons bien du mal à ramener à bord. La découpe très précise et efficace du poisson avec d’avance le regret du congélateur qui ne fonctionne pas.

Arrivée au petit port à 17 heures. Il est moche, avec ses quais noirs, sa jetée noire… une véritable contre publicité ! Un jeune homme nous exhorte à nous amarrer sur la jetée par l’arrière, en plus du mouillage classique. Il viendra même à bord avec son short déchiré pour nous persuader de le choisir comme guide pour aller au volcan avec 2 autres touristes français le lendemain à 6h du matin.

Lundi 1° février
J’ai bien eu peur que les autorités ne nous fassent des problèmes, mais leur représentant avait disparu quand nous avons rejoint la terre et sommes partis en « aluguer » défoncé vers la capitale.
Balade dans la ville et recherche d’un moyen d’aller rejoindre le volcan.
C’est finalement à bord d’un charmant taxi que nous partons.
Il est tellement heureux d’avoir des clients qu’il klaxonne à chaque coin de route et salue toutes ses connaissances pendant que nous profitons en amoureux de ce grand tour de l’île.
Arrivée dans un village au pied du volcan, cerné par les coulées de lave récentes.

De multiples plantations parsèment les scories : minuscules pommiers qui produisent pourtant en abondance, tomates rampantes et surtout vignes éparses qui permettent à ce village de s’enorgueillir d’une production vinicole originale.

Après avoir gravi les premières pentes du volcan par un chemin qui nous a fait croiser des villageois rentrant de leur travail dans ces champs de lave, nous revenons par la même route jusqu’au port, admirant au passage le coucher de soleil sur Brava.

Mardi 2 février
8h : départ pour Brava
Arrivée à Porto Da Furna.

Baie bien abritée où Laurence a mouillé le bateau en solitaire à proximité d’un Océanis jaune duquel viendra nous voir un peu plus tard Gildas qui se prépare à appareiller avec Florence pour rejoindre le Fernando au Brésil à bord de «Ivaou ».
Courte rencontre avec ce breton qui semble accumuler les périodes de navigation un peu partout autour du monde.
Laurence quitte le mouillage et Christian lève les voiles pour contourner Brava par le nord et rejoindre Porto Da Faïa da Agua où nous espérons pouvoir faire une petite randonnée à pied.
La baie est belle mais le mouillage très inquiétant avec d’énormes rouleaux qui se brisent sur les rochers et la grève.


Le mouillage bien que très rouleur semble tenir et nous décidons donc de tenter le débarquement.
Débarquement mal calculé : les déferlantes retournent le pneumatique et roulent Christian sur les galets tandis que Laurence affronte de face les vagues pour ne pas se laisser jeter sur les rochers.
Quelques contusions, mes lunettes de Christian perdues et la caméra sauvée des eaux.
En guise de randonnée, nous nous contenterons de parcourir la route côtière de ce magnifique petit village préservé des horreurs architecturales.

Après avoir dépensé nos derniers escudos au café, nous visons entre les vagues pour repartir sans encombre à bord, et à 19H30 nous appareillons vers la Casamance distante de 486NM.
Le coucher de soleil est magnifique, mais le vent encore bien aléatoire.
Christian prend deux ris pour que la nuit soit plus calme. Nous avons l’impression que Brava ne veut pas disparaître à l’horizon…et que Rozavel se traîne. Laurence commence à avoir mal au cœur…

Mercredi 3 février
Moteur, voile, moteur, voile … Il faudra du temps pour que la météo nous dévoile son vrai visage, et il n’est pas bien favorable. L’alizé souffle du NE et nous oblige à courir au près dans une mer assez forte avec des vagues qui balayent le pont. Christian largue le deuxième ris pour garder de la puissance au bateau qui remonte au vent, et affale le solent qui perturbait le génois. Christian n’avait-il pas affirmé que le retour se ferait sans aucun doute au portant ;-)

Jeudi 4 février
Léger désespoir à bord avec la mauvaise forme physique de tout l’équipage et la longueur attendue de cette traversée très inconfortable où chaque geste demande concentration et effort.
Nous passons énormément de temps à somnoler, sans pouvoir profiter de la lecture, ni vraiment l’un de l’autre.

Le bateau avance vite (souvent plus de 7 nds) sans que la distance restant à parcourir ne semble vraiment diminuer.

Vendredi 5 février
Demain il faut que nous remontions la Casamance. Encore 24 heures à tenir.
Laurence est toujours aussi malade, mais après la douche Christian se sent mieux et en profite pour préparer diverses choses et remplir enfin ce journal de bord.
Christian commence à s’inquiéter sur la quantité de gaz-oil restante alors que nous aurons encore toute la Casamance à remonter.
Et puis l’heure de l’avion approche irrésistiblement. Nous espérions au départ pénétrer la Casamance le vendredi soir pour pouvoir faire un arrêt lors de sa remontée, puis nous nous étions donné comme but de franchir la passe en tout début de matinée du samedi, conforté par les calculs du GPS aux moments où le vent nous était favorable, mais nous voyons nos espoirs s’éloigner peu à peu.

Samedi 6 février
8h : Le moteur s’arrête de nouveau. Mer d’huile. Quelques ondulations sur la surface. Le soleil est à 20° au dessus de l’horizon. Douche de Laurence à l’arrière. Nous profitons de ce calme si convoité.

Dauphins émergent très doucement eux aussi, comme s’ils ne voulaient pas rompre cette ambiance si sereine, enfin ! A 8h17 remise en route du moteur. Un brin de vent petit largue annoncerait-il une fin de traversée au portant ?
Christian dort paisiblement dans la cabine arrière …
Passage de la passe Sud de nuit.
Les bouées sont désormais lumineuses et dévoilent petit à petit la route logique entre les brisants par leur alternance.
Il est bon que l’ordinateur soit tombé en panne et que nous puissions renouer avec la navigation traditionnelle.
Quel plaisir d’enseigner le maniement de la règle Cras à une élève appliquée !
La prochaine fois nous traverserons l’océan portés par la régularité des alizés et nous prendrons le temps d’apprivoiser le sextant et de retrouver sa position par la lueur des étoiles.

Dimanche 7 février
1h30 : Mouillage au radar à Karabane (« impeccable » dixit Laurence).
Toujours le même plaisir à réussir ces navigations délicates, à trouver la bonne route, à choisir le bon endroit pour poser la pioche dans l’obscurité de la nuit.
9h : Il faut renoncer à aller à terre avec le courant fort, le vent soutenu et la perte d’un aviron. Laurence est déçue et se jure d’y revenir.
10h : Départ pour Djilapao

Lente remontée de la Casamance. Un peu avant la pointe Saint Georges, l’angle du vent permet d’établir le génois.
Le pneumatique des militaires armés nous rejoint pour une visite de contrôle symbolique, ils ne nous demandent même pas de présenter le moindre papier mais font une visite suspicieuse du bord atténuée par le sourire du responsable.
Laurence n’a encore jamais levé la grand voile : il est temps de continuer l’apprentissage de la croisière hauturière !

L’effort ne sera pas longtemps couronné de succès et après un déjeuner délicieux terminé sans le bruit du moteur, il faut rallumer ce dernier et finir l’apprentissage en affalant la grand voile.
Mais la dernière courbe se dessine et le bolon d’Affinian nous ouvre les bras.
La RozAvel glisse rapidement dans ce monde de douceur, et on devine déjà les méandres du fond et les tracés des bancs … Nous rejoignons notre place sans encombre et déposons la proue dans la vase pour récupérer tranquillement tous les amarrages.
Le soleil baisse déjà, il est temps pour Christian de se muer en cosmonaute sous marin ; il adore travailler sous l’eau et réussit à tâtons à déposer les deux hélices sans encombre.
Laurence continue de dévoiler ses talents de cuisinière pendant que Christian range la grand voile, replie l’annexe, démonte les tauds et positionne notre maison de mer en position d’hivernage.
A l’intérieur tout respire la propreté, sur le pont tout est rangé et il y a une calme harmonie dans le paysage parsemé des cris des oiseaux solitaires.
Tous les oiseaux semblent uniques ici, pas de vol d’étourneaux mais le cri du guetteur sur la cime de son arbre ou le vol du pêcheur qui fend la surface et ressort le poisson au bec.
Nous sommes émus et dansons une fois de plus sur la musique de Lokua Kanza qui nous berce avec sa voix profonde.

Lundi 8 février 2010
Fermer le bateau et avoir la joie de retrouver Donantine, la femme de Désiré, qui a absolument voulu nous croiser, même si peu de temps. Cette femme plait à Christian qui s’enchante à la voir plaisanter en complicité avec Laurence.
Désiré s’est réjouit que de les voir photographiées discrètement.

La pirogue se faufile vers Ziguinchor pendant que le soleil émerge de la mangrove.
Traversée trop rapide de cette ville africaine qui nous tend les bras.
Aéroport, minuscule mais déjà à mille lieux de la vie où nous étions immergés.
Dakar : ne pas chercher à trop voir mais prendre le temps de sentir les odeurs, s’emplir les yeux de saveurs et surtout s’asseoir et parler de la vie, de la vie de l’homme africain, de la vie en général et dans ces petits détails qui en exhalent la beauté.

Déjà les adieux à l’aéroport, Christian en route pour Cuers et Laurence vers Mayotte.
Pas de vraie tristesse : nous savons déjà que nos routes se recroiseront pour beaucoup plus longtemps.