TOUR DU MONDE DE LA "ROZAVEL" - E-MAIL: christian.mallemont@wanadoo.fr

 

 

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Mercredi 1er octobre 2008
Ce port de Tarifa est bien bruyant avec les ferry et NGV inquiétants. Dès le réveil, à 8h, alors que le soleil n’est pas encore levé, nous larguons les amarres.
Il y a un vent d’est force 5, mais la mer est bien plus plate en atlantique qu’elle ne l’était en méditerranée. Nous prenons le cap de Porto Santo sous génois seul et sous la conduite du moussaillon (SIMRAD 32).
Je suis obligé de reprendre la barre à plusieurs reprises pour que notre route ne soit pas trop proche des multiples cargos, porte-containers et tankers qui se croisent autour de nous en un ballet à la chorégraphie parfois angoissante.
L’écran du radar A.I.S. est parsemé de petites taches, comme je n’avais jamais vu.
Le temps d’éviter les cargos, de ranger les pare-battages, de régler le pilote, de faire le point sur la carte et il est déjà 10heures. Le GPS nous indique alors Porto Santo à 554 milles, mais la vitesse du bateau se stabilise toujours au dessus des 7 nœuds.L’équipage qui avait un peu marchandé sa traversée à bord semble prendre les choses à cœur et s’est lancé dans la cuisine. Un délicieux plat avec le thon restant du barbecue de la veille et (surtout une recette inédite de muffins cuits au four.
La traversée commence bien, d’ailleurs pour fêter l’événement, un troupeau de grands dauphins vient jouer autour de l’étraves. Ils sont une vingtaine à faire un ballet précis, à bondir à plus de 6 simultanément, à frôler la coque de quelques centimètres. Il semble possible de les caresser, si ce n’étaient les mouvements parfois violents du bateau dont le génois se gonfle parfois à contre.

Quel plaisir de se retrouver une nouvelle fois à l’orée de plusieurs jours de mer. La dernière longue traversée remonte à presque 12 ans, quand nous avions quitté les Canaries avec Pascal et Bertrand.
Petite différence, il avait fallu à l’époque attendre d’approcher des Antilles pour que le GS nous affiche le temps restant, alors qu’aujourd’hui il est rapidement descendu en dessous de la barre des 99 heures.
Alors que je suis en train d’écrire, il est 14 heures et il ne nous affiche plus que 78 heures de traversée … mais je sais bien que c’est un chiffre instantané, une minute plus tard il est remonté à 98 heures et en réalité cela dépendra du vent.

Première nuit de quart dans l’atlantique.
Durant l’après midi, pour équilibrer le bateau, et surtout éviter les départs au lof éprouvants pour le pilote, j’avais eu l’idée de hisser le solent et de le border sur tribord pour se rapprocher du vieux principe des trinquettes jumelles. C’était très efficace, le solent était tantôt gonflé en ciseau, tantôt légèrement à contre pour ramener l’étrave au vent arrière.
Au coucher de soleil, la vitesse ayant baissé, j’ai établis la grand voile sur bâbord, tout en continuant de garder le solent, ce qui nous a permis de filer sans aucun départ au lof.
Vers 23 heures, le vent ayant tourné plus nord, j’ai dû border les voiles. Au lieu de rentrer le solent, je l’ai réglé pour obtenir un écoulement laminaire des trois voiles et cela semble efficace, la vitesse étant remontée nettement au dessus des 7 nœuds sans que le pilote ne donne de signe de fatigue.
A minuit, il ne restait que 473 miles au compteur.

La veille nocturne est un vrai plaisir avec l’équipement de la RozAvel. Le radar AIS se révèle un complément parfait du radar classique. Le fait de connaître pour chaque bateau sa vitesse et son cap permet de contrôler de manière beaucoup plus performante les risques de collision. L’alarme du détecteur radar associée à celle de l’AIS éveillent l’attention et permet de visualiser les cibles sur l’écran du radar. La seule raison de quitter la table à carte pour sortir dehors devient le plaisir de regarder, de reconnaître les étoiles. Voilà tellement longtemps que nous n’avions plus conversé ensemble ; bien sûr j’avais continué de parler à la polaire entre ses deux chariots et avec le W de Cassiopée en ligne de mire, mais j’avais perdu de vue le carré de Pégase, et la chèvre avec ses deux chevreaux … je sens que tout ce petit monde va recommencer à se peupler, et j’adore pouvoir nommer chacun par son nom. Ce soir c’est Jupiter qui était la reine de la fête, elle m’a même laissé voir une (voire deux) lune(s) dans les jumelles.

Jeudi 2, vendredi 3, samedi 4 octobre 2008
Le temps n’existe plus, il n’y a plus que les moments. Le moment de la cuisine, celui de la météo dont je ne conçois plus trop l’importance ici, celui de l’apéro, celui du repas pris dans le cockpit (plus confortable quand le bateau roule) ou dans le carré (plus chaud quand le vent a fraîchis), celui du café avec les carrés de chocolats, celui de la couchette où je passe un grand nombre d’heures.
Les jours défilent comme les miles sous les quilles, laissant d’innombrables heures pour lire, mais aussi et surtout pour contempler la mer toujours changeante. J’aime le bercement de la houle atlantique, j’aime sentir l’étrave faire des S sous la conduite du pilote, escalader la lame, ou plutôt se laisser monter par elle puis redescendre en surfant parfois en diagonale avant de se faire rattraper par le creux suivant.
J’aime tous ces bruits qui signent l’avance du bateau ; j’aime ce vent qui forcit parfois et me conduit à prendre un ris ou même rentrer la grand voile.
Ce que j’aime surtout, c’est quand le soleil est là et que je peux m’allonger sur le banc du cockpit en me laissant caresser par ses rayons et bercer par la mer.

Et j’ai des envie de cuisines : Il y a de multiples façons de préparer le thon, et si l’équipage s’en lasse, moi j’ai toujours plaisir à profiter de ce bel animal qui s’est immolé pour nous.

Mon esprit vole parfois vers tout ce que je dois entretenir sur le bateau, vers toutes les petites améliorations que j’ai envie d’y apporter. Je crois que je vais revenir seul à Madère pour le simple plaisir d’y bricoler !

Les rencontres sont très rares en haute mer, et grâce aux outils modernes qui veillent sur l’horizon je m’accorde de très longues nuits, entre coupées d’un petit tour à la table à carte, soit pour vérifier une alarme, soit simplement pour annoter le journal de bord.

Ce matin, ce n’est pas un poisson volant mais une sèche que je retrouve sur le pont : Elle a fini dans notre assiette, pas mauvaise du tout.

Les miles ont défilé sur le GPS, et même si la vitesse est en train de diminuer, l’arrivée à Porto Santo est prévue pour cette nuit. L’équipage attend cette arrivée avec impatience, mais je dois avouer que moi je serais aussi heureux de poursuivre ainsi des jours et des jours …

Ce soir, je sors comme toujours pour admirer le coucher du soleil. Les couchers de soleil en mer sont une des plus belles merveilles du monde. Celui ci n’avait rien de fabuleux, mais il nous cachait un secret : Au moment précis où le soleil s’est noyé, il a fait apparaître dans son axe les contours d’une île. Madère s’est révélée à nous avant que la nuit ne tombe.

point du second soir

point du troisième soir

Avec le GPS, nous n’avons plus les vieux charmes du sextant, mais c’est tout de même merveilleux après 4 jours et trois nuits sans aucun repère.

Dimanche 5 octobre 2008
A 3 heures du matin, nuit du samedi au dimanche, l’ancre se pose comme prévu devant la plage de Porto Santo.
Au lever, après une bien agréable baignade, cap sur la marina installée dans le port marchand.
Nous sommes très bien accueillis et le chantier naval peut sans problème sortir la RozAvel et l’héberger plusieurs mois. Toutes les conditions espérées sont donc réunies, Porto Santo est adoptée.
Petite île dépendant de Madère.
Marina très sympathique, chantier avec possibilité de laisser le bateau à terre. C'est exactement ce dont j'avais rêvé. La premier arrêt du tour du monde se fera donc ici.

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